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Full text of "Discours prononcé aux obsèques de J.-B. Feron,...le 4 février 1819"

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DISCOURS /| 

PRONONCÉ AUX OBSEQUES 

DE J. B. PERONi 

Médecin en flief et premier Professeur â rHôpital 
militaire dinstrucfcion de Lille , Chevalier de 
rOrdre royal de la Légion d’honneur ^ et Membre 
de plusieurs Sociétés savantes, le 4 février 1819, 

PAR G. ROUX, 

Médecin ordinaire et deuxieme Professeur 
au même Hôpital. 

k Messieurs , 

» Jean-Baptiste Feron naquit à Martigny , luné 
des communes de l’arrondissement de Vervins , au 
département de l’Aisne , le 24 octobre lySÔ , lieu 
où son père était employé dans les fermes royales. 

» Lorsque l’éducation littéraire du jeune Feron 
fut terminée , il se livra à l’étude de la chirurgie, 
d’abord en province ; il se rendit ensuite à Paris , 
pour là continuer et se perfectionner. Parvenu à 
sa 22.® année, M, Feron désira et obtint, dans le 
courant de février 1778 , du service dans la marinç. 




L’inspecteur general Poissonnier, Lun de ceux qui 
honoraient le plus alors la médecine militaire , lui 
notifia les ordres du ministre pour se rendre au 
port de Brest, où il devait s’enlBarquer en qualité 
de cliirurgien de seconde classe, sur les vaisseaux 
de Sa Majesté. 

» M. Feron , rendu à son poste , subit prompte¬ 
ment l’épreuve ordinaire , si souvent funeste à ceux 
qui commencent aux armées l’exercice de l’art de 
guérir; il essuya bientôt une fièvre de mauvais 
caractère , qui menaça ses jours et le tint quelquès 
mois languissant. Témoin et déjà victime lui-même 
des calamités inséparables de laguerre, il putbientôt, 
comme la plupart d’entre nous , s’écrier à son tour : 
quœque ipse miserrima vidi. 

» Un caractère doux, affable, égal, des manières 
affectueuses, vraiment cordiales , et surtout des 
talens réels , ne pouvaient échapper à la sagacité 
des chefs qui dirigeaient à Brest le service de santé 
de la marine. Les attestations les plus honorables 
prouvent en effet que le mérite éminent de M. Ferôn. 
fut promptement reconnu et récompensé : un an 
s’était à peine écoulé depuis son entrée au service, 
lorsqu’il fut promu en 1779 au grade de chirurgien- 
major , qu’il exerça successivement, sôit à bord 
des vaisseaux le Boland, le Protée et rjrdent , 
commandés par i’Un des vengeurs clu pavillon 
français, àOuessant, l’illustreetmodested’Orvilliers, 


( 5 ) 

soit <îaiis clÎTer& hôpitaux militaires des ports de 
l’Amérique septentrionale. Notre collègue eut alor^ 
l’avantage d’être connu et apprécié par le Nestor 
actuel delà médecine militaire , le vénéràhle Coste, 
qui se complaisait encoredernièrement à le nommer 
son bon et ancien camarade , son fidèle ami. La 
société de médecine de l’Etat de Massachusett s’em¬ 
pressa d’aocuedlir à cette même époque M. Feron, 
qui honorait à-la-fois la médecine fî-ancaise et 
1 humanité sous un ciel étranger , en l’appelant 
dans son sein.. 

» En 1784 5 notre collègue revît sa patrie. Il 
s’occupa alors de prendre le grade de docteur en 
médecine , ce qpi’îl fît à l’université de Rheims, dans 
le cours de l’année suivante.. Peu de tems après , 
il forma à Clermont en Beauvoisîs , des nœuds 
qu’il Bénissait sans cesse , en obtenant la main de 
Mademoiselle Charlotte-Sylvie Boullîant de Mon- 
taigu^ le modèle des épouses et des mères. ^ 

» 'M. Feron exerçait et cultivait notre art , à 
l’onxbre de l’olivier de la paix, lorsque la guerre de 
la révolution vint lui rouvrir la carrière; il fu^ 
employé coinme médecin ordinaire à l’armée , 
deptiisle mois de janvier 1794 jusqu’en juin 1797. 
Cette époque est celle où le besoin de rétablir les 
hôpitaux militaires d’instruction, cette institution si 
' et si utile, quel’ondoitàla sollicilude tutélaire de 



( 4 ) 

nos Rois , s’étant fait sentir, le docteur Peron 
fut un de ceux que l’on choisit, pour former une 
jeunesse studieuse à l’art consolateur de soula¬ 
ger nos guerriers. Notre collègue , attaché à l’école 
de Lille, vint alors hahiter cette grande et belle 
cité : il y fut accueilli , distingué , recherché 
pour ses talens , et il eut de plus le rare bonheur 
de se faire denon^hreux et solides amis. La société 
d’amateurs des sciences et des arts de Lille, inter¬ 
prète éclairée des sentimens reconnaissans de ses 
concitoyens , se plut à témoigner son estime parti¬ 
culière pom* le savoir du docteur Feron , en l’ad¬ 
mettant au nombre de ses membres résidans, 

» Quelque grands que soient les bienfaits attaché^ 
à l’existeuee des hôpitaux militaires d’instruction, 
ils ne furent respectés que peu de tems ; pn les sup^ 
prima , et par un singulier contraste, au moment 
même où ils, étaient le phis nécessaires. Notre 
collègue , cessant alors rexercice du professorat , 
resta néanmoins attaché à rhôpital militaire de 
Lille : il, coustinna de même, avec des succès creis- 
sans la pratique' de la médecine au milieu de# 
Lillois, doiit il était devenu en quelque sorte le 
compatriote; succès appuyés, sur une instruction 
solide, sur nu jugement sain , sur un, esprit dpeit et 
circO:nspect, enfin #ur un tact délicat et snt qttalh, 
tés précieuses que rehaussait encore en hii une. 
modestie réelles de tontes les vertus, peut-êtçe,l% 


( 5 ) 

plus rare chez rhomme ^ quelle que soit d’ailleurs» 
-sa condition. 

» Lorsqu’à la fin de i 8 i 4 5 notre établissement de 
Lille fut rendu à sa principale destination, M. Feron 
reprit sa place et son grade; place qu’il occupait lors-. 
qué la mort du docteur D’Arquiér le fit appeler , en 
août 1816, à celle de médecin en chef et de premier 
professeur. Le Roi avait encore daigné, en î 8 i 4 * 
récompenser ses loyaux services , en lui accordant 
ladécoratîon de l’ordre royal de la légion d’honneur., 

» Hélas î Messieiu’s , le docteur Féron ne devait 
pas long-tems jouir de ces avantages , et nous étions 
réservés à éprouver de prochains regrets. Notre col¬ 
lègue portait en lui-mêmèla cause de sa destruction, 
et lé savait parfaitement ; il regardait même comme 
une véritable conquête faite sur la mort quelques, 
années qui se sont écoulées avant qu’il ne nous fut 
ravi. Une forte attaque d’apoplexie, précédée 
depuis quelques mois par une altération légère dans 
sa physionomie , a frappé notre doyen le mercredi 
29 janvier dernier , dans raprès-midi. L’intensité 
de ce fâcheux état nous a immédiatement inspiré de 
vives alarmes, qu’une faible lueur d’amélioration 
n’a que légèrement diminué. Hier , mercredi 5 . 
février, notre exceÜent eollégne nous a été enlevé à 
i’âgedeôa ans , envirohiié dè ses amis , de ses discii 
pies-, de ses confrères , de sa famille, qui lui prg^ 
diçtiaient à T envi les soins, les plus affectueux. 



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» Le docteur Feron, membre dè plusieurs sociélëfe 

savantes (i), estimé de ses cliéfs dont quelques- 
uns veulent bien en ce moment partager ici notre 
douleur, honoré de ses collègues , respecté Ct cliéri 
de ses disciples, pleuré des pauvres qui n’invoquaient 
jamais en vain sa généreuse bienfaisance, en un mot, 
généralement aimé, contribuait puissamment par 
son inclination, par sa douceur naturelle , à entre¬ 
tenir aumilieu de nous l’esprit de concorde et d’union 
si utile à nos travaux, et qui nous fait, en remplissant 
nos devoirs , trouver le bonheur au sein de notre 
établissement et dans nos occupations journalières. 
Far quelle cruelle fatalité arrive-t-il si souvent 
que la tombe se hâte de renfermer les hommes 
utiles , à l’instant où, par leurs lumières,par leur 
expérience consommée , ils peuvent rendre à la 
société les plus importans services? Mais non, 
Messieurs, l’excellent esprit , les travaux utiles, 
les précieuses qualités , enfin les marques de recon¬ 
naissance publique décernées aux mânes de notre- 
collègue par cette noble assemblée, seront loin 
d’être perdues : elles vivront dans la mémoire ; 
elles serviront à essuyer quelques larmes, à tempérer, 
s’il est possible , la vive douleur d’une veuve 


(i) De PAthénée des art* de Paris , de la Soeiété Mhve des scienres? 
fdijtiques et médiçale.' de Uége , de la Sociàté niddicale de Doua*;^ 
ic la Société d’îpi..isilfii>B de liège-, eto. 


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instenient éplorée, de deux filles, romement de 
leur sexe , de gendres également estimables et dont 
un noiis est si cher ; enfin, d’un neveu auqnel le 
doeteur Feron servait à-la-fbis de maître, de Mentor 
et de père. 

Cette pensée consolante mettra fin à ce discours^ 
Eirvous rendant ces funèbres devoirs, agréez , 6 
ombre cbérie , ces dernières paroles d’une voix qxii 
vous fut particulièrement connue et dont vous ai¬ 
miez quelquefois à animer les accens! Agréez, de 
même, ces derniers témoignages d’intérêt et d’amitié 
d’un collègue pour qui votre perte , profondément 
sentie , sera un éternel sujet de douleurs et de 
sincères regrets 1 »